Chester Himes, Retour en Afrique

Un vrai faux révérend, 87 000 dollars et une balle de coton en balade : tels sont les ingrédients de base de ce polar noir truculent

C’est de la balle (de coton)

Le révérend O’Malley, en généreux homme de Dieu, est sensible à la misère dans laquelle la plupart de ses frères de couleur sont enlisés à cause de la ségrégation imposée par les Blancs. Aussi lance-t-il un mouvement appelé « retour en Afrique » : il se fait fort, moyennant mille dollars par famille, d’aider les candidats au départ à rejoindre leur terre d’origine, muée en Eden au regard d’une Amérique raciste et violente. Mille dollars, c’est une somme considérable pour les habitants de Harlem. Mais ce n’est pas le seul obstacle au mirobolant voyage : d’abord le révérend est promptement délesté des 87 000 dollars déposés par les premiers inscrits, et ensuite… le révérend O’Malley est un escroc qui n’avait d’autre intention que d’user à titre tout à fait personnel des fonds ainsi recueillis.
 
Tel est l’argument de ce polar qui ne s’embarrasse guère de préambules et s’ouvre sur un braquage spectaculaire – sur les chapeaux de roues pourrait-on dire – où les truands opèrent à partir d’une camionnette de livraison, puis sont immédiatement pris en chasse par un camion blindé. Lesquels véhicules abandonnent dans leur sillage une foule paniquée, des flics dépassés par les événements, quelques cadavres, et une balle de coton.

S’ensuivent enquêtes et filatures ourdies par un couple de policiers noirs fonctionnant en binôme parfait, pittoresques à souhait et nantis de patronymes quelque peu truandesques, Ed Cercueil et Fossoyeur Jones. Tout cela nous vaut quantité de scènes mémorables, dont la plus marquante est peut-être ce strip-tease corrupteur de flic mené de main de maître par une prostituée noire de toute beauté – à moins que ce ne soit cette fusillade dans une église où le vrai faux révérend s’était ménagé une planque. Reste à déplorer certain embarras dans la plupart des séquences d’action pure : là où la concision, voire la sécheresse, serait de mise, l’auteur multiplie les détails en accumulations laborieuses qui nuisent au rythme narratif et rendent confus le déroulement des événements.
 
L’on notera aussi les dialogues colorés, nourris d’expressions argotiques, parfois tellement gouailleurs qu’on se demande si l’auteur n’en fait pas un peu trop. Mais il est aussi permis de se demander dans quelle mesure la traduction, que l’on sent médiocre en maints endroits, n’est pas en partie responsable de cet effet de « trop plein ». Peut-être le traducteur ne rend-il pas tout à fait justice à l’écriture de Chester Himes.

Retour en Afrique est un mélange détonnant de suspense et de comédie confinant souvent à la farce, qui vire parfois au documentaire lorsque l’auteur s’aventure à décrire avec une simplicité scrupuleuse certaines zones de Harlem, leur population et les policiers qui s’efforcent d’y évoluer. Cadavres et fusillades se succèdent sur fond de misère et de ségrégation raciale, mais l’on rit plus souvent qu’on ne tremble à la lecture de ce roman, « noir » à l’évidence, truculent surtout.

isabelle roche

Chester Himes, Retour en Afrique (traduit de l’américain par Pierre Sergent), Gallimard « Série noire », 2003, 288 p. – 10,50 €. 

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