Les Yeux dans la couleur

Sont réunis ici des textes poétiques où Bernard Noël aborde au plus près l’œuvre de quelques artistes plasticiens.


R
éunis, ici, un ensemble de textes poétiques (datant de 1970 à 2003) dont le dénominateur commun est l’art. Bernard Noël aborde au plus près l’œuvre de plasticiens tels que Camille Bryen, Abakanowicz, Louise Nevelson, Vieira da Silva, Jackson Pollock, Jean-Michel Marchetti, Ladislas Kijno, Olivier Debré, entre autres. S’agit-il de peindre ce qui est peint, de tracer ce qui est affiché, de cerner ce qui est encadré : certes non. Par le poème, non seulement l’abstraction se révèle, mais tout ce qui échappe vient frapper à la porte du sensible, de l’entendement, d’un irrationnel philosophique.
 

Qu’est-ce qu’un regard ?
Un espace dont la limpidité est assez révélatrice pour que toute forme y apparaisse telle qu’en elle-même.
Mais rien n’est tel quel, car le regard est aussi dans les yeux, et les yeux dans la tête.
Ainsi le monde, et la peinture du monde, sont-ils perçus par l’expérience humaine, celle-ci incluant toute forme de connaissances. L’art n’est que la représentation de l’objet par le sujet qui l’interprète, théâtre des couleurs et des formes, des nombres et des ombres. Comme le livre, écrit de nouveau par le lecteur, le tableau – appelons-le ainsi – se dévoile en se recréant par le filtre de la rétine, miroir inversé de l’apparence des choses. Ce qui nous parle dans l’art, c’est bien cette voix si profonde de l’instinct que le néo-cortex a vêtu de langage, cette sensibilité analytique de tout ce qui est autre (à commencer par soi).

Et comment faire passer l’art dans les mots ? Par les mots ? En projetant une clarté rasante, par touches successives peut-être, tout en impressionnant la page de ces réflexions gorgées de sens – le sens est en train de sourdre. Semences dans le bulbe, et dans le tronc, dans les pieds et dans la tête – le temps fera le reste, son œuvre et son parcours. Ainsi le poète nous convie-t-il à la table des formes et des figures ; à nous d’y mettre les couverts qu’il nous faut. Mais, de toute évidence, ainsi qu’il l’affirme : Nous voyons moins le monde que du sens. Et la peinture, elle-même, se fait orientation.
 
daniel leduc
 
Bernard Noël, Les Yeux dans la couleur, P.O.L., 2004. 224 p. – 27,00 €.

 
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