Dominique Lapierre, Larry Collins, New York brûle-t-il ?,

Autant aurait valu rédiger directement un essai historique s’il s’agissait d’afficher la sûreté de ses sources pour y ajouter ensuite la farine d‘un thriller

De qui se moque-t-on ? Pondre un roman dont les héros, rattrapant la triste réalité qui est la nôtre depuis un certain 11 septembre, ont pour nom Oussama Ben Laden, Sadam Hussein, George Bush etc., passe encore. Mais proposer un bouquin dont les 100 premières pages (et ça ne s’arrange guère par la suite) se ramènent au fastidieux catalogue de tous les services secrets de la planète, des pays et factions existant en lutte les uns avec les autres, c’est prendre le lecteur pour un archiviste. Sous prétexte de fournir ici le fruit de « deux ans d’enquête » aux quatre coins du globe, les deux auteurs qui imaginent comment l’Amérique réagirait à la menace terroriste de l’explosion d’une bombe atomique en plein cœur de New York (laquelle est censée advenir si l’Etat d’Israël ne retire pas ses colonies des terres palestiniennes) nous gavent de leur documentation pléthorique. Autant aurait valu rédiger directement un essai historique s’il s’agissait d’afficher la sûreté de ses sources pour y ajouter ensuite la farine d‘un thriller.

Trop de descriptif revendiqué tue l’information et les velléités du suspense, les romanciers qui ont de la bouteille le savent pourtant. Le pire a lieu à la page 92 lorsqu’il faut l’exposé lourdaud de plusieurs spécialistes afin de d’expliquer au président américain les dégâts potentiels causés par la déflagration d’une bombe à uranium enrichi dans Manhattan – comme s’il était besoin de diagrammes et de statistiques pour imaginer la chose, hé ballot ! Quant à l’exécrable, il survient page 141 en la matière d’un entretien débile entre la conseillère de Bush et le savant pakistanais qui a dérobé l’arme atomique. La première parvient en effet à sensibiliser le second à la défense de New York en lui récitant un vers d’Omar Kayyam et en le suppliant de partir avec elle « sur les pas de Martin Luther King » ! L’assistance de la Maison Blanche applaudit et nous, à ce moment-là, on referme le livre en se disant que si, à défaut de New York, ces quelque 300 pages brûlaient pour commencer, ce ne serait pas si mal.

Pablo de Jarossay

Dominique Lapierre, Larry Collins, New York brûle-t-il ?, Robert Laffont, 2004, 299 p. – 20,00 €.

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