Andrew Weiner, En approchant de la fin

Une jeune chanteuse transmet à travers les textes de ses chansons ce que des visions lui font entrevoir de l’avenir…

Singin’ Supernova

Anticipation et fin du monde sont des mots qui vont très bien ensemble. Pop star et engouement mystique généralisé aussi. Reposant sur ces rimes librement mises en oeuvre, le roman d’Andrew Weiner nous entraîne jusqu’en 2012 dans le sillage de Martha Nova, chanteuse visionnaire qui « reçoit » ses morceaux – paroles et musique – telles des révélations divines. Délivrant ses messages apocalyptiques sur fond de conflit américano-brésilien et de croissance vertigineuse des criminalités, cette jeune femme frêle a des airs furieusement actuels, qui monte sur scène toujours vêtue d’une longue tunique blanche et dont les fans se rassemblent en une sorte de secte appelée les Enfants Nova. Tandis que Martha chante, trois hommes sont envoyés sur Mars et une Agence de la Santé Mentale est instaurée aux Etats-Unis.

 

Côtoyant des thèmes chers à une science-fiction que l’on pourrait dire « de proximité » tant les lendemains qu’elle dépeint s’inscrivent dans l’immédiat prolongement d’aujourd’hui, l’on reconnaît dans ce texte d’autres motifs, travaillant de longue date au plus profond de notre mémoire collective – la fin du monde, le personnage de l’Elu(e) en prise directe avec la transcendance, la figure du poète-musicien messager des dieux – exprimés déjà dans les textes sacrés et les mythes les plus archaïques. Construit de manière très classique, à partir d’un prologue précédant le dénouement et en amont duquel le récit développe des séquences concernant tour à tour les protagonistes principaux, En approchant de la fin se présente comme un patchwork romanesque – six parties, vingt-neuf chapitres assez courts – dont les pièces s’ajustent de plus en plus étroitement au fil de la lecture. Ecrit d’une plume fluide et efficace sachant aller droit à l’essentiel, ce roman est tout autant projection dans l’avenir, réflexion sur la destinée et le libre-arbitre, peinture sommaire mais réaliste de l’environnement backstage d’une star, et galerie de personnages attachants campés au plus juste.

 

La richesse thématique d’En approchant de la fin s’allie à une remarquable légèreté narrative. Dépourvu d’explications pesantes et de liens logiques trop appuyés, les événements s’y succèdent sans heurt et les personnages suivent leur chemin jusqu’à une apocalypse qui survient sans s’originer nulle part dans le récit – lequel conduit au cœur du fantastique bien plus qu’il n’immerge dans le futur. Ne s’encombrant pas plus de galimatias pseudo-spiritualiste que de jargon à prétention scientifique, ce roman donne au lecteur matière à réflexion comme il lui tendrait une offrande.

isabelle roche

Andrew Weiner, En approchant de la fin (traduit par Laurent Calluaud), Gallimard, Folio SF, 2002, 338 p.- 5,61 €.
Première édition : Du Bélial, 2000, 223 p. – 12,05 €.

 

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